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Œuvres contemporaines

Paris Aubaine

Six mélodies pour basse-baryton et piano sur les poèmes de Michael Edwards (Paris Aubaine, Editions de Corlevour, 2013)

 

1/ RAPACES

Des rapaces, une douzaine, planent

dans les aires sans vent qui dominent la grande île

Lesquels ? Leurs longues ailes effilées,

leurs corps si brefs, leur présence à Paris

les privent de nom, les délivrent de leurs noms.

*

Ils déroulent leur fiction singulière

Dans un nulle part visible au-dessus de la ville.

Ils semblent fixer de craintives bestioles,

guetter des musaraignes, des campagnols,

tapis dans les broussailles du chauve parvis.

*

Ils font tournoyer là-haut,

nonchalamment, leur être, leur en-soi

Ils fendent le temps de leur double cimeterre,

en déplaçant sans cesse le cercle de leur danse,

en narguant les mots, le regard captatif. 

 

2/ JOUR ET NUIT

Tu aimes le phare de la tour Eiffel ?

Et sa robe à paillettes ? Moi aussi 

Imagine, pourtant, la tour éteinte,

et tous les monuments de la ville silencieux,

les yeux fermés par l’absence de projecteurs,

et tous les cafés, et tous les autobus

désampoulés, dénéonisés,

et tous les immeubles inondés par la fraîcheur

d’un noir bienveillant, les réverbères

endormis et rêveurs, ah ! ce serait

la nuit elle-même, amie de qui cherche

autre chose que le jour, que le sensible,

le mesuré, le raisonnable,

la nuit de l’univers qui nous embrasse,

qui nous englobe, nous comprend,

la grande Nuit qui attire la nuit en nous.  

 

3/ LA LUNE DE JOUR

La lune de jour, pâle de surprise :

tu n’es plus

(belle étrangère de l’étrange nuit,

belle indifférente dans l’autre monde)

qu’un fantôme, qu’une âme

égarée dans l’insolite clarté,

éblouie par les couleurs

chaleureuses de la Terre.

 

4/ LES MARRONNIERS DU LUXEMBOURG

Sous les arbres, une pause.

Chuchotements
de verres et de voix.

La foule semble
attendre, oublier.

Immobiles, les statues
regardent l’éternel.

Le soleil répand
sa grâce sur le gravier.

Le temps, l’invisible,
se dissipe, s’accumule.

Que se passe-t-il
quand rien ne se passe ?

Suis ici, nulle part,
Un œil qui ne sait.

Une émotion faible
et forte, inconnue.

Un pressentiment
parmi tant d’étrangers.

Les anges contemplent
les visages merveilleux.

étoiles innombrables.

 

5/ CELUI-LA

Tu regardes se dérouler sur la vitre du taxi
Le film anonyme, toujours le même, de Paris.

Tu boudes la beauté que le printemps annonce,
Frivolité d’un monde auquel tu renonces.

Tu méprises l’élégance personnelle et les vaniteux ;
Tu t’habilles pour la saison, avec des vêtements sobres et coûteux.

Tu cherches des malheureux pour exercer ta charité ;
Ils sont mieux dans leur peau que toi, et te prennent en pitié.

Au Musée d’Orsay tu consens à passer quelques heures,
En notant avec intérêt les dates et les donateurs.

Tu es dans les catacombes, à suivre ta bougie vacillante ;
Tu admires le rangement dans l’empire de l’épouvante.

Tu dévisages l’ignoble dans la glace ; tu aimes,
Quand tu le rencontres, ton prochain comme toi-même.

Tu remues parfois un délicieux cauchemar :
Le frôlement de l’impossible dans le sombre d’un bar.

Tu es en haut de la tour Eiffel, tu vois tout Paris à tes pieds,
Et sur le sol, comme la boue de l’âme, ton corps brisé.

 

6/ IL NEIGE

La neige, ardente géométrie, allège et veloute

l’air dans les canyons de la ville, étouffe partout

les rancoeurs, les rudesses, et rappelle, dans les

squares immobiles, le silence.


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Voir la partition

1/ RAPACES - Jean-Manuel Candenot, voix - Mathias Lecomte, piano

2/LA LUNE DE JOUR - Jean-Manuel Candenot, voix - Mathias Lecomte, piano

3/ JOUR ET NUIT - Jean-Manuel Candenot, voix - Mathias Lecomte, piano

4/ LES MARRONNIERS DU LUXEMBOURG - Jean-Manuel Candenot, voix - Mathias Lecomte, piano

5/ CELUI-LA - Jean-Manuel Candenot, voix - Mathias Lecomte, piano

6/ IL NEIGE - Jean-Manuel Candenot, voix - Mathias Lecomte, piano